Les Visites

Auch capitale de la France ou de la Gascogne ?

On est en droit de s’interroger après la sortie vespérale du 31 juillet. Au XVIIIème siècle, a-t-on appris de la bouche de Laurent Marsol, Auch avait sa place de l’Etoile car ainsi était nommé l’actuel rond point de la Patte d’oie. Plus tard, au XIXème siècle, la ville s’est dotée d’une colonne Vendôme. Et d’aucuns comparent l’avenue Alsace aux Champs Elysées … Mais restons modestes, le titre de capitale de la Gascogne n’est déjà pas si mal !

Retour en Astarac en quelques questions 

Eglise ou cathédrale Notre Dame de Mirande ? 

Si Mirande a été fondée en 1281, il a fallu attendre le XVème siècle pour voir la bastide se doter d’un lieu de culte. Avant cette date, les habitants se rendaient à l’église St Jean de Lézian située hors les murs. La décision fut donc prise de bâtir une église à l’intérieur de la bastide mais les architectes se trouvèrent face à deux exigences contradictoires : le manque de place les contraignait à concevoir un édifice de taille modeste alors que parallèlement les autorités, avec le secret espoir de voir Mirande devenir un évêché, souhaitaient bâtir une cathédrale. On trouva donc un compromis et l’on édifia une vaste église, disproportionnée par rapport à la population de la bastide. Sans doute au cas où … et effectivement Mirande fut un évêché durant une très courte période (environ 3 ans). Mais ce fut dans des circonstances très particulières puisque la décision fut prise à une époque où la chrétienté comptait pas moins de 3 papes, l’un à Rome, l’autre en Avignon et le troisième à Pise. C’est ce dernier qui prit la décision d’élever Mirande au rang d’évêché. 

Pourquoi un « May » de Notre Dame de Paris à Mirande ? 

Les « Mays » étaient offerts tous les ans à Notre Dame de Paris par la Confrérie des Orfèvres parisiens. Cette tradition a perduré jusqu’en 1707. Ces « Mays » ont, par la suite, été dispersés dans plusieurs édifices religieux et sans doute l’un d’entre eux a-t-il été envoyé à l’Abbaye de Berdoues. C’est par ce biais qu’il est arrivé à l’église de Mirande, acquis par la Municipalité.

Le « May » peint en 1680 par Antoine Coypel, représente l’Assomption de Marie. 

Pourquoi un bâton de François Dominique Toussaint Louverture est-il exposé au Musée des Beaux-Arts de Mirande ? 

A priori, le lien entre Toussaint Louverture et Mirande n’est pas évident. En fait, ce bâton devrait se trouver au château de L’Isle de Noé. Toussaint Louverture était en effet un esclave « propriété » d’un comte de Noé, lequel l’a affranchi. 

D’où proviennent les tableaux dits « des enfants cavaliers » exposés au Musée des Beaux-Arts ? 

En fait, il ne s’agit pas de tableaux mais de couvercles de coffres de mariage. Ils ont été réalisés au XVème siècle et sont en dépôt au Musée de Mirande. Il s’agit d’œuvres volées lors du dernier conflit mondial par les Nazis et dont les propriétaires juifs n’ont pas, à ce jour, été retrouvés.

Michel Douste-Bacqué

 

Un personnage étonnant, l’Abbé Bax

Jean Clément Bax est né le 19 juin 1845 à Lectoure rue Royale. Il est le fils d’Antoine Bax, négociant minotier et de Jeanne Victorine Laclavère. Il fait ses études au Collège de Lectoure, puis entre au Grand Séminaire d’Auch. Ordonné prêtre à Auch le 22 mai 1869, il est nommé professeur au Petit Séminaire d’Auch. Il arrive comme curé à Lasséran le 1er mai 1871 et y restera jusqu’au 8 septembre 1879, date à laquelle il devient aumônier de l’Hôpital d’Auch.

De son passage à Lasséran, il laissera de fort beaux dessins représentant des fermes du village et de la campagne environnante. Ils sont exposés à la Mairie. Il entreprendra aussi la décoration intérieure de l’église, comme mentionné dans la Presse locale de l’époque. Ainsi « La Semaine Religieuse » du 25 janvier 1873 relatant une grande cérémonie organisée pour la bénédiction de la principale cloche de l’église, fait mention des « belles peintures décoratives exécutées par le pasteur lui-même ». Par ailleurs, lors d’une visite pastorale le 17 avril 1877, Mgr Pierre-Henri Gerault de Langalerie, archevêque d’Auch souligne que « l’église a été parfaitement décorée par Mr le Curé ».

Après avoir était chapelain de la Métropole le 12 mars 1885, curé-doyen de Plaisance le 23 novembre 1890, curé-doyen de St Orens à Auch le 11 décembre 1892 et chanoine honoraire de la Métropole le 08 décembre 1897, l’Abbé Bax s’éteint le 25 mars 1922 à Auch rue Ledru Rollin. Il est fait mention de ses funérailles célébrées le 29 mars 1922, en l’église de St Orens « qu’il s’était tant plu à orner ». Malheureusement pour nous il ne reste plus de traces visibles de ces décorations mais artiste dans l’âme, il avait poursuivi sa passion.

Fabienne Escalé

 

Une curiosité dans l’église de Lasséran : une statue de Saint Andéol

Ce dernier est un saint fort peu présent, dans nos contrées gasconnes car le foyer du culte voué à Saint Andéol se trouve plutôt dans le Vivarais. Cette région recèle des communes portant le nom de ce saint, mais également des églises vouées à Saint Andéol, dont Bourg-Saint-Andéol pourrait être le cœur.

Saint Andéol, natif de Smyrne (actuelle Izmir en Turquie), fut envoyé en Gaule dans les années 160 après J-C, pour évangéliser la région du Rhône. L’empereur Septime Sévère, de passage dans cette province, le fit arrêter et martyriser le 1er mai 208 (jour de la fête du saint). Saint Andéol eut la tête fendue deux fois (en forme de croix), par un glaive, dans l’espoir pour les païens d’y trouver les paroles de Dieu. Nul texte ou document ne donne l’origine du culte de Saint Andéol à Lasseran. Une piste toutefois : au début du XIVème siècle, Guillaume de Flavacourt avant d’être nommé archevêque d’Auch, avait été évêque de Viviers (capitale du Vivarais). On peut donc supposer que ce prélat est à l’origine du culte de Saint Andéol en Gascogne. Ce saint était invoqué, afin de guérir les enfants atteint de la croûte de lait, d’où le nom que la population locale lui donna « Saint Croustillatz ».

                                                                                            Laurent Marsol

 

Le cheval et le vélo : deux montures, deux courses mais une même passion

Le hasard a voulu qu’en l’espace d’un mois le Amis du Vieil Auch et Alentours se rendent deux fois dans la zone de l’Hippodrome.

(S. Souques)

Ce fut d’abord, le 13 février, pour une conférence portant sur le monde des courses hippiques. Michel Barthe, président de la Société « les Trotteurs d’Auch », a brillamment retracé l’histoire du cheval dont on a appris qu’avant d’être domestiqué, il était de petite taille (35cm au garrot) et chassé pour sa viande. L’apparition des courses hippiques en France remonte au XIXème siècle et Auch qui, depuis le siècle précédent abritait un régiment de cavalerie, ne resta pas longtemps indifférente à cette mode venue des Iles Britanniques. Les courses se sont successivement déroulées sur le terrain de l’actuel aéroport, puis au Couloumé avant d’investir leur emplacement actuel. La conférence fut suivie d’une visite complète des installations. Il ne manquait que les chevaux … mais chacun a pu noter les dates des prochaines réunions.

(M. Douste-Bacqué)

Changement de monture le 6 mars avec la visite de l’espace José Alvarez, dont l’épouse avait gentiment accepté d’ouvrir les portes à notre Association. Et là surprise ! Des milliers de photos soigneusement classées, légendées et encadrées. C’est toute l’histoire des courses cyclistes (Tours de France, Giros, Vueltas et tant d’autres…) qui défile sous nos yeux mais aussi l’histoire locale et même nationale. La notoriété de José Alvarez était en effet immense dans le monde du cyclisme mais également auprès des Grands de ce monde. Que de souvenirs ! On passerait des heures, voire des journées à tout contempler. A condition toutefois de lever les yeux d’un extrait du journal Playboy, faisant référence à des « petites reines » … (Les messieurs me comprendront). Cette après- midi qui a épaté plus d’un adhérent, s’est terminée par une fort agréable collation offerte par Mme Alvarez. Qu’elle en soit vivement remerciée.

                                                                                              Michel Douste – Bacqué

 

Le mystère des statues de l’église d’Embats

L’église d’Embats contient neuf statues, dont deux en morceaux, déposées dans la sacristie. Elles représentent Saint Augustin, Saint Ambroise, Saint Jérôme, Saint Paul, Saint Orens et Saint Cyprien ainsi que Sainte Thérèse d’Avila. Cet ensemble statuaire est assez troublant de par la grande taille des statues (plus d’un mètre de hauteur) et de par leur constitution (de la terre cuite enduite de stuc) qui leur donne l’aspect de statues en pierre. Ces caractéristiques incitent à se poser des questions sur leur origine et leur véritable destination… En effet, leur dimension et leur aspect permettent de supposer que cet ensemble sculpté était plutôt prévu pour se trouver à l’extérieur et pour être vu de loin, et non pour orner l’intérieur d’une église. Or dans le fonds documentaire des Archives nationales, se trouve un plan daté de 1828 et signé de l’architecte Lodoyer. Ce dessin d’architecte reproduit le porche de la cathédrale d’Auch avec l’emplacement de 25 niches qui devaient recevoir une série de statues représentant les 12 apôtres, les 8 docteurs de l’Eglise (Grecque et Latine) et 4 rois de France (Clovis, Saint Louis, Louis XIII et Louis XVI). Ce grand projet si ambitieux fût-il, ne vit jamais le jour, notamment pour des raisons financières. Toutefois, il n’est pas interdit de penser que certaines de ces statues aient pu malgré tout être réalisées et, après l’abandon du projet, placées dans une église, et plus précisément dans celle d’Embats… Malheureusement, en l’état actuel des recherches, rien ne permet d’affirmer avec certitude ce qui n’est présentement qu’une hypothèse.                                                                                                                                                                                  Laurent Marsol

 

En cheminant rue Victor Hugo (Jacques Lapart)

Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, la route qui se dirigeait vers Vic-Fezensac traversait la campagne. A gauche, en quittant la ville, on apercevait en haut de la montée, une chapelle dite de l’Oratoire et une tuilerie.

Le séminaire d’Auch (actuelle Maison diocésaine au 13 rue du Dr Samalens)

Un seul grand bâtiment existe sous l’Ancien Régime le long de la route. En 1667, l’archevêque, Mgr de Lamothe-Houdancourt fonde un nouveau séminaire et fait construire les premiers bâtiments à l’emplacement actuel. Vingt ans plus tard, l’établissement est à l’abandon faute de ressources suffisantes et surtout d’une direction efficace. En 1687, Mgr de Labaume-Suze impose une refondation et confie la gestion aux Jésuites déjà en charge du collège de la ville. Au XVIIIe siècle, les locaux sont agrandis et surélevés. La grande façade nord, face aux allées d’Etigny, prend son aspect actuel. En 1791 a lieu la dernière ordination. Deux ans plus tard, le séminaire est fermé, transformé en hôpital puis en caserne. Sous l’Empire, des aménagements permettent d’installer des chevaux au rez-de-chaussée et des dortoirs à l’étage. En 1815, sous le roi Louis XVIII, le bâtiment est confié au Clergé mais reste propriété de la Couronne. Une vingtaine de séminaristes investissent l’Ecole ecclésiastique appelée couramment « séminaire ». Son développement est freiné par une loi de Charles X qui limite le nombre d’élèves. En 1850, une loi de la IIe république rétablit la liberté d’enseignement et libère les séminaires des anciennes contraintes. Entre 1850 et 1905, d’importants travaux, le plus souvent financés par le ministère des Cultes, entretiennent les lieux et élèvent de nouveaux bâtiments comme la grande chapelle néogothique (actuel centre Cuzin). Malgré plusieurs crises de vocations signalées par les archevêques, l’établissement forme le Clergé du diocèse et les élites chrétiennes du département en concurrence avec le vieux lycée Salinis. Après la loi de 1905, l’immeuble est récupéré par l’Etat puis l’Armée. Il devient un hôpital militaire de 1914 à 1919. Après la guerre, les querelles politiques et les maladresses de l’archevêque empêchent la restitution au Clergé qui veut acheter les bâtiments. Plusieurs acquéreurs, Ortholan, Bouquet, Lapeyrère, la CCI se présentent contre le Clergé. En 1922, la ville vend au député Gounouilhou qui veut y installer une imprimerie. Battu aux élections, et déçu par les résultats de son entreprise, il cède le tout à une société anonyme de dix ecclésiastiques qui, grâce à la générosité des diocésains, peut remettre les lieux à l’archevêque le 6 octobre 1924. Le Séminaire ne récupère pas la grande chapelle néogothique, (aujourd’hui Centre Cuzin) devenue le musée de la ville, ni le bâtiment le plus récemment construit par Mgr Balaïn qui abritera les Archives départementales puis l’Inspection académique. Cependant, le nombre de candidats au sacerdoce a baissé passant de 120 en 1905 à 40 dans les années 1930. Après la guerre, devant la chute des effectifs, le Grand Séminaire ferme en 1966. En 1973, les élèves qui se destinent au sacerdoce sont regroupés en « Foyer Séminaire » qui ferme à son tour en 1990. Aujourd’hui, c’est devenu la Maison diocésaine qui regroupe la résidence de l’évêque, les services de l’archevêché, des lieux de travail et de réunion, des logements pour les prêtres retraités, les Archives diocésaines, une grande bibliothèque, des logements pour étudiants et le collège Sainte-Marie.

Les Ursulines du 50 rue Victor Hugo à Auch au XIXe siècle.

A leur retour en 1821, les Ursulines s’installent dans l’ancien prieuré Saint-Orens d’Auch et fondent une école d’enseignement pour jeunes filles qui va durer jusqu’en 1905. On peut lire à ce sujet l’article d’Henri Polge dans le bulletin de la Société Archéologique du Gers de 1951 (p.5-28).

En 1826, pour une raison inconnue, une crise divise les Ursulines. Un groupe de 5 religieuses part avec plusieurs pensionnaires s’installer dans une maison située près de l’ancienne chapelle des Pénitents bleus, au quartier des Jacobins dans une maison léguée par Monseigneur de Morlhon archevêque d’Auch. En 1827, arrive l’ordonnance du ministre des Affaires ecclésiastiques et de l’Instruction publique qui, vu la délibération municipale favorable et le consentement de l’archevêque, autorise l’installation nouvelle des Ursulines. Le succès venant, la maison se révèle trop petite. En 1831, les religieuses échangent ce premier établissement pour un lieu plus vaste, plus élégant et sans doute plus pratique situé en haut de la rue de l’Oratoire (actuelle rue Victor Hugo), la « maison Guérard ». Ce bâtiment a été construit à la fin de l’Ancien Régime par Jean Gabriel Nicolas Guérard (1737-1826), originaire de Troyes en Champagne, arrivé à Auch en 1770 nommé Trésorier de France puis Directeur receveur des domaines du roi.

        Les Ursulines au quartier de l’Oratoire 1832-1905 (40 rue V-Hugo).

Le 30 mars 1832, Montalivet, ministre de l’Instruction publique et des cultes du roi Louis-Philippe, autorise l’échange des deux maisons et les Ursulines peuvent donc s’installer au quartier de l’Oratoire. L’établissement se développe peu à peu. Les tentatives pour réconcilier et réunifier les deux couvents d’Ursulines échouent, y compris en 1847 malgré l’intervention de l’archevêque, Mgr de la Croix d’Azolette. Au départ, la maison de l’Oratoire est un Noviciat avec des vœux temporaires. En 1864, Mgr Delamare, archevêque d’Auch (1861-1871) accorde la possibilité de vœux perpétuels. L’établissement se développe avec la mère Saint Augustin, vénérée fondatrice, morte le 17 janvier 1867 après avoir été la supérieure pendant 29 ans. Par la suite, la mère Clotilde qui dirige de 1869 à 1872, fait construire deux nouveaux corps de bâtiments, l’un destiné aux religieuses et l’autre aux élèves. Ce dernier comprend trois grandes salles de récréation au rez-de-chaussée pour les trois divisions. Au-dessus, un magnifique dortoir pour les grandes élèves et une salle d’études. Le tout donnant sur les jardins. Mère Sainte Clotilde lance le projet de construction d’une église. La communauté comprend alors 25 sœurs, trois professes, 3 novices et 16 sœurs converses. La nouvelle église du Sacré Cœur qui existe toujours, est bénite et inaugurée la nuit de Noël 1873. L’établissement fonctionne jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Les lois du début du XXe siècle provoquent la fermeture de l’établissement. Alphonse Branet, riche bourgeois d’Auch, achète ce vaste ensemble immobilier, bâtiments, dépendances, jardins, terrasses (plus de 3 hectares), le 20 décembre 1906 à deux anciennes religieuses, au prix de 49 000 francs-or. Il le met à la disposition de l’archevêque d’Auch, Mgr Enard. Le prélat peut ouvrir là une nouvelle « Ecole de théologie catholique » qui remplace le Grand Séminaire fermé en décembre 1906. La rentrée a lieu le 2 février 1907. En 1916, Alphonse Branet cède le couvent de l’Oratoire à Louis-Marie d’Antin Tournier de Vaillac, personnalité catholique bien connue, très proche du nouvel archevêque d’Auch, Mgr Ricard. Les séminaristes quittent les lieux à partir de 1928 pour réintégrer l’ancien grand séminaire, rue du Dr Samalens, actuelle Maison diocésaine.

Les Ursulines peuvent revenir dans leur couvent à partir de 1930. En 1979, les dernières religieuses s’installent pour une vingtaine d’années dans une petite maison rénovée au 46 rue Victor Hugo. A partir de la seconde moitié du XXe siècle, les anciens bâtiments sont transformés en établissement d’enseignement secondaire devenu aujourd’hui le lycée privé Oratoire-Sainte-Marie.

La première Ecole Normale d’Auch au 44 rue V-Hugo  

De nombreuses écoles de garçons existaient dans la région avant la Révolution, une pour quatre communes actuelles d’après l’enquête de 1741 ce qui, selon le professeur Bordes, est en dessous de la réalité. L’enquête de Maggiolo de 1790 donne 31% des conjoints signant leur acte de mariage, chiffre inférieur à celui du Bassin Parisien mais supérieur à celui de bien d’autres régions. Mais la formation des maîtres était inexistante. Après quelques expériences malheureuses sous la Révolution, la création des Ecoles Normales destinées à former les futurs instituteurs débute sous le 1er Empire.

A Auch, le préfet souhaite sa création dès 1828 mais l’ouverture effective a lieu le 25 février 1833, quelques mois avant la loi Guizot votée dans l’été de la même année qui précise dans son article 11 que « tout département sera tenu d’entretenir une école normale primaire ». Quelques années après, le Conseil général achète à la famille Doré, une maison située rue de l’Oratoire (aujourd’hui 44 rue V-Hugo). Cette ancienne ferme est transformée peu à peu en établissement scolaire accueillant une quarantaine « d’élèves-maîtres » et des classes d’application. Sous Napoléon III, une chapelle est érigée sur l’aile ouest. Peu à peu les lieux sont agrandis avec la construction de dortoirs, infirmerie, lingerie, gymnase etc. L’établissement fonctionne correctement et fournit les instituteurs nécessaires au département. L’encadrement scolaire progresse durant tout le siècle. En 1890, 93% de la population gersoise sait lire, preuve du travail acharné des instituteurs de la période héroïque 1832-1880.

Lorsque les lois Bert et Ferry imposent la création d’une école normale d’institutrices, le Conseil général fait bâtir l’important bâtiment de la rue d’Embaquès destiné aux jeunes filles et ouvert le 1er octobre 1886. Afin de faire des économies, le Gers s’associe avec les Hautes Pyrénées et, à la rentrée d’octobre 1890, le beau bâtiment de la rue d’Embaquès accueille les garçons des deux départements tandis que les filles sont regroupées à Tarbes. La vieille Ecole Normale de la rue de l’Oratoire ferme après 50 ans d’utilisation. Le Conseil général y commence des travaux : la nouvelle gendarmerie s’y installe le 1er septembre 1895. Elle y restera jusqu’en 2001.

Entre la mairie et le séminaire, un grand hôtel de l’Intendance ? Un échec de l’intendant d’Etigny.

Depuis la création de la Généralité en 1721, la ville loue des maisons en ville pour loger les intendants. Souvent, ils préfèrent le château de Pau. Peu après son arrivée à Auch en 1751, l’intendant d’Etigny s’installe provisoirement dans un immeuble, rue du Chemin droit, appartenant au sieur Morlan. Le 6 avril 1753, il écrit au Garde des Sceaux que « la maison que l’Intendant occupe dans cette ville appartenant au Sieur Morlan … (est) trop petite et manquant de commodités …». Il envisage donc la construction d’un immeuble neuf, entre l’actuelle mairie (qui n’existe pas encore) et le séminaire. La Communauté y est favorable. L’ingénieur LeJolivet de Villetoye réalise de très beaux plans heureusement conservés. Le dossier traîne car Morlan intrigue contre son supérieur, avec l’aide de Taillepied, receveur général des Finances. Utilisant des relations parisiennes, ils font échouer le projet. D’Etigny est obligé d’accepter l’achat et l’aménagement de la maison Morlan. La construction d’un grand hôtel avec façade nord sur les promenades et façade sud face aux Pyrénées doit être abandonnée.

                                       

 Monbert, victime du Premier conflit mondial.

Lorsqu’on parle des villages-martyrs de la Première Guerre Mondiale, on pense bien sûr à tous ceux qui, situés sur les champs de bataille, ont été rayés de la carte par les bombardements qu’ils ont subis. Mais il y aussi ceux qui, situés à l’arrière, ont vu leur jeunesse décimée et ont entamé un lent déclin pouvant aller jusqu’à leur disparition. Le village de Monbert est de ceux-là : aucun de ses 11 jeunes mobilisés entre 1914 et 1918 n’est revenu du front. Prospère avant guerre (il y avait même une épicerie et un café !), la commune, privée de ses forces vives, s’est peu à peu vidée de ses habitants. En cela, Monbert illustre parfaitement ce qu’a été cette guerre : une saignée du monde rural et plus particulièrement de notre département.

Et le village aurait même fini par mourir sans l’intervention obstinée d’une religieuse Sœur Marie Marcel et de son association Siloé. Aujourd’hui, même s’il n’a plus d’existence légale (il ne compte que deux habitants et a été rattaché à Le Brouilh), il revit : les maisons superbement restaurées ont été transformées en gites et accueillent groupes et touristes tout au long de l’année. Un beau pied de nez à l’Histoire.

Une curiosité à Monbert.

(Photo G. Poujol)

Ceint de remparts ce « castelnau » est doté d’une petite église dont la partie la plus ancienne remonte au XIVème siècle. Sous son porche est scellée une plaque remontant à la Révolution et faisant référence à l’Etre Suprême (cf photo). Une curiosité dans un village de taille modeste dont on peut penser qu’il s’est tenu à l’écart des soubresauts de la Révolution ! On trouve une plaque identique à l’entrée de la Cathédrale de Clermont-Ferrand.

 

Pavie, si proche et pourtant méconnue.

Tout le monde ou presque connait le récit du miracle de Notre Dame du Cédon. Nous sommes au XVIIème siècle, plus précisément en 1631, et Pavie est ravagée par la peste. Guidé par une de ses vaches, un paysan se rend au pied d’un orme. Il y aperçoit une Dame qui lui promet que la peste s’arrêtera si est édifiée en ce lieu une chapelle vouée au culte marial. Ainsi fut fait et la peste cessa immédiatement ses ravages.

La chapelle initiale ne résista pas à la bourrasque révolutionnaire et une nouvelle chapelle, de style néo-gothique, fut édifiée au XIXème siècle à l’initiative et grâce à la générosité du comte Dillon.

Mais l’histoire de Pavie ne se limite pas à ce miracle. Elle recèle bien d’autres curiosités. Citons en quelques-unes.

Des vestiges rares mais intéressants.

Bastide fondée au XIIIème siècle par l’Abbé de Berdoues et le Sénéchal Eustache de Beaumarchès, Pavie a peu à peu supplanté la ville Gallo-romaine d’Esparsac située à proximité. On ne peut qu’imaginer cette bastide : la halle centrale a disparu, les remparts également (il ne subsiste qu’une échauguette, vestige de la seconde muraille édifiée au XVIIème siècle), on ne connait les portes de la bastide que par leur nom (avec une interrogation sur l’existence d’une porte Dessus puisqu’il y avait une porte Debats …), enfin les maisons à colombages sont rares.

Les vestiges les plus visibles sont finalement le pont médiéval (improprement nommé pont romain) qui a fait l’objet d’une restauration malheureuse au début du XXème siècle, l’église Saint Jean Baptiste construite au XIIIème siècle dans le plus pur style gothique mais dont le mobilier, les vitraux et les peintures intérieures ont été réalisés au XIXème siècle, et enfin l’église du couvent des Carmes édifiée au XIVème siècle (aujourd’hui médiathèque).

Une histoire parfois tragique.

Durant la guerre de Cent ans, la ville est aux mains d’une bande de routiers qui pillent les environs et défient l’autorité royale. Le roi Charles VII envoie donc ses troupes qui reprennent la ville, exterminent les routiers et rasent les murailles. Mais, sans doute emportés par l’ivresse de la victoire, les soldats du roi ne font guère de différence entre les routiers et les habitants de Pavie : un grand nombre d’entre eux est passé au fil de l’épée. Le souvenir de ce massacre est encore attesté de nos jours par l’existence d’une rue du Sang (sous-entendu versé).

Une œuvre d’art rare.

Pavie a eu le privilège de compter parmi ses habitants, au début du XXème siècle un artiste peintre de renom, Mario Cavagliéri. Il résidait en effet au domaine de Peyloubère qu’il a abondamment décoré. Il a réalisé très peu d’œuvres d’inspiration religieuse mais il a fait don à la Commune de l’une d’elle. Il s’agit d’une représentation du visage du Christ crucifié. Cette œuvre réalisée au fusain est bien entendu conservée en lieu sûr mais une reproduction en est visible dans la sacristie de l’église Saint Jean Baptiste.

Et ce ne sont là que trois coups de projecteur sur la riche histoire d’une commune qui s’est au fil des ans, considérablement développée jusqu’à devenir la dixième du Département.

Un Préfet oublié, Paul Feart.

La récente visite de l’Escalier Monumental fut l’occasion de sortir de l’oubli Paul Féart. Préfet du Gers sous le Second Empire. Il est en effet, avec Mgr Salinis, à l’origine de l’Escalier Monumental. Et si l’histoire locale a retenu le nom de l’Archevêque d’Auch en donnant son nom à une importante place et à un Collège, nos édiles ont quelque peu « négligé » Paul Féart puisque seulement une petite rue et une impasse (perpendiculaires à la route de Toulouse) portent son nom.

Et pourtant, c’est ce Préfet qui a donné à Auch le visage que nous lui connaissons : il a fait démolir les prisons qui jouxtaient la Cathédrale et, en transférant l’établissement pénitentiaire rue Leconte de Lisle, a permis la création de cet Escalier qui, tel qu’il l’avait imaginé, devait relier directement la haute ville à la gare. Paul Féart a également fait bâtir, ne l’oublions pas, le Palais de Justice.

Il mériterait donc incontestablement davantage de considération et de rester dans les mémoires. Mais sans doute est-il la victime indirecte de la mauvaise réputation du Régime qu’il a servi, le Second Empire.

La rue Victor Hugo : drames, anecdotes et trésors cachés …

Loin d’un compte rendu exhaustif de la promenade vespérale du 18 juillet, voici quelques mots qui peuvent caractériser des événements, des lieux ou des personnages emblématiques de cette artère au passé si riche.

Tragédie… En 1851, le haut de la rue fut le théâtre de violents affrontements entre Républicains opposés au Coup d’Etat du 2 décembre fomenté par le Prince-Président, Louis Napoléon Bonaparte, et l’armée. Quelques habitants de Jégun, rapidement rejoints par d’autres Républicains, avaient en effet décidé de marcher sur Auch. Pour arrêter ce qui ressemblait à une insurrection (on parle tout de même de 6 000 manifestants), les autorités mobilisèrent un régiment de Hussards stationné au Quartier Espagne. L’affrontement était inévitable. Si l’on ignore le nombre de victimes du côté des manifestants, on sait que trois Hussards furent tués. Un monument, érigé au cimetière d’Auch, rappelle leur souvenir.

Scission… C’est à celle intervenue au sein du Couvent des Ursulines dans les années 1830 que l’on doit l’implantation d’un édifice religieux en haut de la rue Victor Hugo. C’est en effet à cette date que 5 religieuses et quelques élèves quittèrent, pour des raisons que l’on ignore, le couvent installé dans l’ancien Prieuré Saint Orens pour un local situé rue des Jacobins. Très rapidement, il devint trop exigu et les religieuses décidèrent d’acquérir une maison de campagne qu’elles agrandirent pour en faire un établissement religieux, devenu l’Oratoire.

Précurseurs… Les Gersois le sont parfois ! Ainsi, dès 1831, c’est à dire avant la loi Guizot qui en fit une obligation, le Conseil Général du Gers décida de créer une Ecole Normale d’Instituteurs. Après quelques années d’un fonctionnement empirique, il fit, pour l’héberger, l’acquisition, rue de l’Oratoire, d’une grosse ferme, propriété de la famille Sentex. Il l’aménagea, l’agrandit et y fit même édifier une chapelle. Mais bientôt, il y eut obligation de créer également une Ecole Normale d’Institutrices qu’on installa rue d’Embaquès et les Conseillers généraux commencèrent à trouver l’addition un peu lourde. Un accord fut donc trouvé avec le Département des Hautes Pyrénées : ce dernier prenait à sa charge l’Ecole Normale des Institutrices tandis que le Département du Gers se chargeait de celle des Instituteurs qui investit les locaux de la rue d’Embaquès. Dès lors, les bâtiments de la rue Victor Hugo étant vides, on y installa, à la toute fin du XIXème siècle, la Gendarmerie qui y demeura un siècle.

Mystérieuse… C’est le qualificatif qui convient le mieux pour définir la personnalité d’un des nombreux propriétaires de la maison de M. et Mme Souques (elle date probablement de la fin du XVIIIème siècle). Il s’agit d’un certain M. Czulowski. Doté d’une adresse Place des Vosges à Paris, propriétaire d’une usine à Tarbes et d’un domaine agricole à Pavie, il apparaît pourtant souvent à la recherche de fonds. Soutien du Front Populaire, il s’en éloigne et on le retrouve à Vichy dans l’entourage du Garde des Sceaux, Joseph Barthélémy. Certaines de ses lettres saisies par la censure sont très curieuses : dans l’une il est question de l’envoi de chataignes ! A la même période, il héberge, en 1942, dans son domaine de Pavie, un Juif Allemand venu du camp de Gurs. Bref un personnage complexe qui décède en 1944, date également de la disparition de son fils, Ladislas.

Exigus… Tels furent, dès le départ les locaux de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie C’est, en effet, en 1954 que les services de la CPAM prirent possession des 10 et 10 bis de la rue Victor Hugo. Ils étaient auparavant logés rue Guynemer dans une maison qu’ils partageaient avec la Caisse Mutuelle Agricole. Dès 1946, ses dirigeants, devant l’exiguïté des locaux se mirent à la recherche d’un lieu susceptible d’accueillir un organisme qui, dans la mesure où il était devenu départemental, prit rapidement de l’importance. Il fallut donc 8 longues années avant de trouver une solution qui s’avéra très vite insuffisante puisque, dès 1956, on constata qu’au vu des nouvelles normes de superficie, il manquait à la Caisse près de 300 m² ! Nouvelle recherche donc, cette fois en lien avec les dirigeants de la CAF et de l’URSSAF pour bâtir un immeuble commun. Le choix se portera finalement sur l’ancienne caserne Subervie, cédé en 1967 par la Mairie. Mais il faudra attendre l’accord des Autorités militaires, puis le déménagement de l’école qui occupait les lieux pour entreprendre la démolition des constructions existantes (y compris la Tour Subervie). Et c’est en 1976 que les organismes sociaux purent investir des locaux flambants neufs où ils sont toujours. Pendant plus de 20 ans donc, la CPAM du Gers eut son siège rue Victor Hugo.

Agitée… Ainsi peut-on qualifier l’histoire de ce qui est devenu aujourd’hui la Maison Diocésaine. Si pendant longtemps, la formation des prêtres s’effectua de façon empirique, le Concile de Trente imposa la création d’un séminaire dans chaque diocèse. Cette décision fut accueillie sans enthousiasme, à Auch comme ailleurs, nul n’étant pressé d’abandonner une partie de ses ressources pour bâtir un séminaire et surtout pour le faire fonctionner. C’est finalement en 1667 qu’est édifié un premier bâtiment grâce au legs de Mgr d’Este. Puis, au XVIIIème siècle, sous l’impulsion de Mgr de Montillet, les lieux sont considérablement agrandis pour créer un Petit et un Grand Séminaire. Est alors construite, l’immense façade que l’on voit encore aujourd’hui. Sous la Révolution, les bâtiments sont confisqués et transformés en caserne (ce qui malgré d’importantes dégradations, les a sans doute sauvés …). A la Restauration, ils sont remis à la disposition du Clergé qui toutefois, et la nuance est d’importance, n’en redevient pas propriétaire. Ainsi en 1905, l’Etat peut en reprendre possession et pendant la Première Guerre Mondiale, ils abriteront un Hôpital. En 1920, ils sont cédés à la Ville qui, criblée de dettes, les met en vente (à l’exception de ce qui deviendra le Centre Cuzin). L’opération s’avère juteuse et l’ensemble est acquis par un industriel Bordelais qui souhaite s’implanter politiquement dans le Département, M. Gounouilhou. Son opération échoue et il revendra le tout à un groupement de personnalités catholiques qui remettra les bâtiments à l’Archevêché.

Ratage… Celui de l’Hôtel de l’Intendance à Auch. Grâce à une découverte faite par Jacques Lapart, on sait en effet que l’Intendant d’Etigny avait envisagé de construire un magnifique Hôtel de l’Intendance en face les Allées qui portent aujourd’hui son nom et plus précisément, entre la Mairie dont l’orientation aurait été différente et le Séminaire. Les plans en avaient été dessinés ; il ne manquait que l’essentiel : les moyens financiers qui sont donc sollicités à Versailles. Or dans l’attente de la construction, l’Intendant était logé dans des maisons appartenant à un M. Morlan, fonctionnaire royal, lequel souhaitait fortement le lui vendre pour rembourser une dette qu’il avait contractée auprès d’un certain M. Taillepied. Or ce dernier occupait d’importantes fonctions dans les Ministères … Il s’évertua donc à faire refuser à l’Intendant d’Etigny les subsides qu’il sollicitait afin de le contraindre à acheter les immeubles de son débiteur, M. Morlan. Ce qui fut fait et le beau rêve de d’Etigny s’effondra !

Ce ne sont là que quelques anecdotes distillées par Laurent Marsol et Jacques Lapart au cours d’une soirée qui a réuni une soixantaine de participants. Pour un compte rendu complet, il vous faudra patienter jusqu’à la sortie de notre brochure annuelle !

Non, Jean Baptiste Poquelin n’est pas inhumé dans la Cathédrale d’Auch !

Car c’est ce qu’a voulu faire croire Laurent Marsol à ses auditeurs lors de la visite de la Cathédrale le 21 mars dernier. Sans doute jugeait-il les Amis du Vieil Auch assez naïfs pour gober une telle information … Erreur grossière ! Et notre guide-conférencier dut rapidement rétablir la vérité. Il est exact qu’un dénommé Mollière repose dans une chapelle de la Cathédrale mais l’orthographe de son nom est différente de celle du nom de l’illustre comédien. Il s’agit sans doute d’un bienfaiteur de la cathédrale qui était chargé de l’entretien de cette chapelle (peut-être même avait-il financé sa décoration). En remerciement de son dévouement, il avait obtenu le privilège, pour lui et les siens, d’y être inhumé. Voilà la fin d’un mystère qui risquait d’alimenter les rumeurs les plus folles … Et qu’on ne reprenne plus Laurent Marsol à raconter des balivernes !

Quelle Chaleur !

Et pourtant, nous étions plus de 50 à participer, ce 21 juin, sous un soleil de plomb, à l’escapade en Ténarèze. Il est vrai que le programme concocté par Marie Thérèse Castadère était particulièrement alléchant …

L’abbaye de Flaran et la bastide de Valence.

Qui ne connait l’Abbaye de Flaran, fleuron architectural de notre département ? Et pourtant, on a toujours plaisir à la re-découvrir, surtout avec les commentaires parfois surprenants du guide local. Ainsi, au détour de la visite du cloître, de l’église abbatiale, de la salle capitulaire et de la chambre du Prieur, nous eûmes droit à de larges digressions sur … l’Empereur Constantin et sa victoire sur Maxence au Pont Milvius !

Quant à Valence, c’est le type même de ville que l’on a traversé des centaines de fois sans jamais s’y arrêter. Et pourtant, comme s’est attaché à le démontrer Aymeric Guillot,  l’histoire de cette bastide est riche et son patrimoine mérite amplement une halte. Le plan en est classique : une place centrale (avec toutefois la particularité de l’église qui borde la place) et des rues perpendiculaires. On y trouve des maisons anciennes souvent bâties sur un même plan car toutes abritaient un commerce ou une activité artisanale. Valence possède également quelques vestiges de ses remparts dont la « porte de l’hérisson » (on se perd en conjectures sur l’origine de cette appellation) et un nombre impressionnant de … puits.

 Beaucaire et les Forges de Barlet.

Après le déjeuner, la halte dans l’église de Beaucaire fut particulièrement appréciée. Entièrement reconstruite au XIXème siècle, elle abrite deux des 121 sarcophages exhumés sur le site de la Turraque. Etonnante nécropole datée du VIème siècle et qui garde encore bien des mystères, comme l’a souligné Jean Jacques Dutaut-Boué. Plusieurs des objets trouvés dans ces sarcophages sont exposés au Musée de Lectoure.

Nul n’était mieux placé que Laurent Marsol pour relater la saga de la famille Barlet : il est un des descendants de Jean Barlet qui, à la fin du XIXème siècle, fonda ces forges. Elles connurent leur âge d’or au début du XXème siècle puisqu’elles ont employé jusqu’à 11 salariés. Hélas, les Barlet n’étaient pas propriétaires des terrains et n’eurent pas les moyens de les acquérir de sorte qu’ils durent cesser leur activité en 1927. Fort de l’expérience d’une épicerie ouverte sur le site et réservée aux ouvriers, un des membres de la famille ouvrit à Beaucaire une épicerie qui fonctionna jusque vers les années 1970. Un bel exemple de reconversion réussie !

La Chapelle et le Château de Pardailhan.

Les effectifs avaient quelque peu « fondu » pour ces deux dernières visites. Et c’est bien dommage, tant fut passionnant le récit, par Jean Jacques Dutaut-Boué, de l’histoire de la famille Pardailhan.  Elle contrôlait un vaste domaine et était alliée avec de puissantes familles. Un dicton, énoncé bien sûr en Gascon par Jean Jacques Dutaut-Boué, résume l’importance de cette famille : « Parle Montaut, écoute Montesquiou, réponds Pardeilhan, que dis-tu L’isle ».

Auparavant, le groupe avait fait une halte dans la chapelle de Pardailhan. Construite au XIIème siècle, elle abrite un intéressant mobilier des XVIIème et XVIIIème siècle dont un magnifique tableau récemment restauré. Depuis peu, y est également exposé un vêtement liturgique daté de 1740.

Que de richesses patrimoniales découvertes tout au long de cette journée ! Certes, la météo n’était guère favorable mais Marie Thérèse Castadère avait su ménager des pauses dans des endroits frais, et les rafraîchissements offerts par M. et Mme Van de Vondelle, propriétaires du château de Pardeilhan, furent appréciées à leur juste valeur. Bref, une belle journée !

Une promenade insolite à Castelnau Barbarens …

Insolite, elle le fut à plus d’un titre pour les nombreux adhérents qui ont suivi Laurent Marsol au cours de cette visite organisée par le service Pays d’Art et d’Histoire.

Ils ont d’abord appris avec surprise que Castelnau Barbarens était jusqu’en 1964, une station thermale ! Une source d’eau ferrugineuse (celle-là même qui était si chère à Bourvil …) alimentait deux établissements thermaux, l’un situé à « La Quèque » et l’autre à « En Bernelli ». Il s’agissait d’établissements privés, de très petite taille (moins de 10 postes de cure), qui traitaient notamment les cas d’anémie.

Autre surprise de taille pour les adhérents qui, courageusement, ont suivi notre guide (plus féru en histoire locale qu’en mathématiques si l’on en juge par ses évaluations des distances) : le village de Castelnau Barbarens, aussi charmant soit-il, n’a été électrifié qu’en 1957 ! C’est l’une des dernières communes de France à avoir connu l’électricité. Une performance dont se seraient sans doute passés les habitants de l’époque.

Autre paradoxe : Castelnau Barbarens n’abrite pas de château. Certes, il en a possédé un d’importance, construit par les comtes d’Astarac, mais il a été détruit à la fin du XIXème siècle. A l’endroit exact où il se dressait, a été bâtie une église, avec les pierres du château. Seule subsiste aujourd’hui une tour du mur d’enceinte datée du XIIIème siècle.

La déambulation dans les ruelles du village permit de découvrir quelques curiosités : un passage couvert, quelques pousterles et une enseigne de barbier remontant au XVIIIème siècle. Mais notre guide, décidément d’humeur taquine, ne put s’empêcher de nous conter l’histoire de la rue de « las tortos », autrement dit des boiteuses. Là vécurent longtemps trois sœurs, l’une boitait de la jambe gauche, l’autre de la jambe droite et la troisième était, dixit Laurent Marsol, la plus réussie puisqu’elle claudiquait des deux côtés ! Le spectacle de ces trois sœurs se soutenant pour monter cette rue abrupte et se rendre à l’église, a dû marquer les habitants puisqu’ils ont souhaité perpétuer leur souvenir en dénommant ainsi la rue où elles habitaient.

Ainsi se mêlent parfois petite et grande Histoire.

Mystérieuses Sibylles

Huit d’entre elles, sur les douze qui sont répertoriées, sont représentées sur les vitraux de la Cathédrale d’Auch. C’est d’autant plus surprenant que les Sibylles ont une origine païenne. Dans l’Antiquité en effet, elles étaient les servantes de la déesse Cybèle, gardienne des savoirs. Plutôt d’âge mûr, elles étaient les messagères de cette déesse dont elles transmettaient les oracles aux Humains. Oracles souvent difficiles à interpréter, d’où le qualificatif, passé dans le langage courant de sibyllin.

Comme souvent, le Christianisme a récupéré ces croyances anciennes en les adaptant au dogme nouveau et c’est par l’intermédiaire des Moines que sont réapparues les Sibylles. Ainsi, par exemple, on possède une lettre du théologien Abélard, datée de la première moitié du XIIème siècle, dans laquelle il évoque les Sibylles. Mais elles sont considérablement transformées : jeunes, elles annoncent désormais des événements relatifs à la vie de Jésus.

Tel est le cas dans la Cathédrale d’Auch où elles prophétisent notamment la naissance du Christ, le massacre des Saints Innocents, l’allaitement de Jésus, la flagellation ou encore le soufflet reçu par Jésus lors de son arrestation. Elles figurent avec un symbole de ces événements (rameau d’olivier, fouet, corne …) et, au-dessous de chacune d’elle, la scène correspondante est représentée. Ainsi, les fidèles qui ne savaient ni lire ni écrire, pouvaient-ils apprendre les saintes écritures. Sans doute, cette méthode d’enseignement était-elle efficace car, malgré l’interdiction du Concile de Trente, les Sibylles n’ont jamais cessé d’être représentées.

On a souvent dit que les cathédrales étaient des livres de pierre. Plusieurs siècles après sa construction, Laurent Marsol en a apporté une nouvelle fois la preuve en détaillant – avec l’aide des Sibylles – aux Amis du Vieil Auch quelques épisodes rapportés dans les livres saints…

 

Retour sur quelques sorties passées

Des piles gallo-romaines … au retable de l’église de Biran

C’est à un grand voyage dans le temps qu’avaient été conviés, il y a quelques mois, les « Amis du Vieil Auch et Alentours »  passant des piles gallo-romaines au retable de Biran.

Les piles gallo-romaines, tout d’abord, communément appelées en gascon « tourraques » ou « tourrasses ». Ces termes traduisent bien l’embarras de nos ancêtres pour désigner ces «espèces de tours».

Car effectivement de tours elles ont l’aspect, sauf qu’elles sont pleines.

Les historiens se sont longuement interrogés sur leur usage: il ne s’agissait pas de tours de guet, encore moins de bornes indiquant la distance. Bref, le mystère a longtemps plané; mais il est maintenant éclairci : les tourraques étaient des monuments funéraires, des cénotaphes qui abritaient, dans un niche située dans leur partie supérieure, la statue du « paterfamilias », possesseur du domaine agricole dans lequel elles étaient implan-tées. Car, les tourraques se situaient toujours à proximité d’une « villa ». Deux tour-raques, celle de Saint Lary et celle de Lacouture à Biran, donnent une idée assez précise de leur aspect. Il faut toutefois les imaginer couvertes de plaques de marbre. Les statues qu’elles abritaient, étaient assez imposantes; la tête était amovible ce qui évitait d’avoir à remplacer l’ensemble de la statue lors du décès du maître des lieux ! (on reconnaît là le sens pratique des Romains qui agissaient de même avec les empereurs). Autour des tourraques, des fouilles ont permis de mettre à jour des urnes remplies de cendres et des tombes, ce qui conforte l’hypothèse d’un monument funéraire, tous les membres de la famille ainsi que les serviteurs étant enterrés à proximité.

Le retable de l’église « Notre Dame de Pitié » méritait à lui seul le déplacement, tant on s’attend si peu à trouver dans un si petit village un monument d’une telle ampleur et d’une telle magnificence. Il est vrai que Biran a été longtemps lieu de pèlerinage et que les pèlerins étaient sans doute très généreux. Bâti en pierre, au XVIIème siècle, il occupe tout le fond de l’église.

Il met en scène la Vierge Marie recueillant sur ses genoux le corps de son Fils supplicié. Le même thème de la Piéta est repris sur le fronton de la porte d’entrée. Plusieurs lectures du retable son possibles : ainsi les statues situées à la droite du monument représentent-elles les parents de Marie, Joachim et Anne, ou Abraham et Sarah ? Il a fallu toute l’érudition et la passion de Mme Charlotte Vaisse pour permettre aux Amis du Vieil Auch d’apprécier pleinement la qualité exceptionnelle de ce monument.
Et ce n’est pas la seule richesse de Biran qui mérite sans nul doute une autre visite !

Une découverte: l’église Saint Michel de Casteljaloux

Faute d’avoir pu admirer l’ancienne église de Sainte Christie détruite en 1954  ou visiter le château qui domine le village

(fermé à la visite), les Amis du vieil Auch, de son Musée et des quatre cantons se sont rabattus sur la petite église Saint Michel de Casteljaloux. Et ce fut mieux qu’un pis-aller tant cette église, probablement ancienne chapelle du château brûlé en 1928, recèle de richesses. Qu’on en juge plutôt.

De dimension modeste, elle abrite un mobilier qui, tout en étant disparate, est remarquable. L’autel de style Restauration date du début du XIXème siècle. Dans la chapelle latérale, la statue de la Vierge qui a remplacé une statue primitive disparue, est en bois doré et semble dater du XVIIIème siècle. L’autel central est surmonté d’un tableau représentant Saint Michel : il s’agit d’une copie de bonne facture qui mériterait une restauration. Il est encadré de deux statues qu’on peut dater du XVIIème siècle, dont la taille disproportionnée  par rapport aux dimensions de la chapelle, laisse penser qu’elles ont été rapportées.

A l’extérieur, un blason, récemment dégagé, attira l’attention de Mr Lapart présent lors de la visite. Il s’agit, selon lui des vestiges d’une litre. On distingue deux lions qui encadrent des armes malheureusement effacées, le tout étant surmonté d’une couronne peut être ducale. S’agirait-il des armes des ducs de Roquelaure dont on sait qu’ils ont possédé les terres de Saint Christie ? Encore un mystère soulevé par cette visite de Sainte Christie décidément riche en interrogations.

Du domaine de La Hourre à l’Hôtel du Département

Le domaine de la Hourre a une histoire, bien avant l’arrivée de l’administration départementale. La preuve en quelques mots.

Non le domaine de La Hourre n’a jamais appartenu à Ludovic Lapeyrère. Ce dernier était un entrepreneur en travaux publics originaire de Valence sur Baïse, qui, en 1924, a légué la quasi-totalité de sa fortune au Département du Gers. A charge pour ce dernier de créer et gérer un établissement d’accueil pour les enfants pauvres. C’est donc dans ce but et grâce au legs de Ludovic Lapeyrère, qu’en 1935, le Département a pu acquérir le domaine de La Hourre, auprès de Mme David-Decker.  Car c’est bien à la famille David que l’on doit le domaine de La Hourre. Jean-Frix David (1750-1818) l’a créé à partir d’une métairie qui appartenait à sa famille depuis 1610, en se portant acquéreur de biens nationaux. Partisan de Robespierre, il échappa de peu à un sort funeste et fit carrière dans la magistrature. Son fils, Irénée (1791-1862), républicain convaincu, poursuivit une brillante carrière politique (il fut Maire d’Auch et Député). C’est à lui que l’on doit l’aménagement du parc. Jean David (1832-1885) fut également, et à plusieurs reprises, Maire d’Auch et Député du Gers. Il fit du vignoble de La Hourre l’un des plus beaux du Gers. Son gendre, Paul Decker (1865-1918) reprit le flambeau sur le plan politique (Maire d’Auch, il finit sa carrière comme Sénateur), et dans la gestion du domaine qu’il développa avec d’autant plus de passion qu’il était ingénieur agronome de formation.
Non le domaine de La Hourre n’appartient pas en totalité au Département. L’établissement public « Foyer Ludovic Lapeyrère », créé par décret du 19 octobre 1945, est juridiquement indépendant du Département. Il possède encore le château, construit au début du XIXème siècle et autrefois résidence de la famille David-Decker, la chapelle, les terres agricoles ainsi qu’une partie du Parc.
Oui le Parc, ouvert au public, mérite à lui seul une visite. Il faisait déjà l’admiration des spécialistes sous le Second

Empire et même s’il a souffert des outrages du temps et de la météo, il contient encore quelques beaux spécimens : frêne oxyphile, noyer d’Amé-rique, pins d’Alep, cèdres de l’Atlas et du Liban, cyprès sempervirens, séquoias …

Dire que le domaine de La Hourre n’a plus aucun secret pour les Amis du vieil Auch serait sans doute excessif ; mais grâce aux explications données par G. Labédan et J. Ménéghin, ils connaissent maintenant un peu mieux, l’un des fleurons du patrimoine auscitain.

Pessan ou … la Rome gasconne

Un vieux quatrain écrit en Gascon prétend en effet que Pessan est aussi vieux que Rome. Encore une gasconnade direz – vous. Et vous auriez tort car, en réalité, Pessan est plus ancien que Rome ainsi qu’ont pu le constater les Amis du Vieil Auch en visite dans ce charmant village. Une vitrine, à l’intérieur de la Mairie, présente en effet divers objets préhisto-riques trouvés sur le territoire de la Commune. Mais ce n’est pas, loin s’en faut, la seule richesse de Pessan, dotée d’une tour – porte fortifiée et qui abrite surtout les vestiges d’une abbaye bénédictine.

On ne connait pas réellement sa date de fondation mais elle est certainement très ancienne puisqu’un abbé de Pessan a

participé en 817 au concile d’Aix la Chapelle. L’abbaye connut ensuite des fortunes diverses puisqu’elle fut pillée puis détruite par un incendie. A chaque fois, elle fut rebâtie. Au XVIIIème siècle, elle fut mise en commende et vendue comme bien national à la Révolution. Elle ne se remit pas de sa démolition puisque seule l’église fut sauvée. Grâce à un homme de caractère, l’abbé Gabent, l’édifice fut, à la fin du XIXème siècle, restauré dans l’état où nous le connaissons aujourd’hui.

Classée « Monument historique », l’église abrite de remarquables objets, notamment une Piéta en bois doré du XVIème siècle, un autel en terre cuite et pierre du XIXème siècle et quatre tableaux attribués à Jean Baptiste Smets.

En revanche, il ne subsiste quasiment rien du cloître.

On ne peut visiter Pessan sans évoquer le souvenir de l’un de ses maires,  figure de la Résistance, Auguste Sempé. Sa ferme à accueilli de nombreux réfugiés et a abrité des résistants comme Ernest Vila. Elle fut le théâtre de multiples réunions d’état-major de la Résistance. Tous ces mouvements ne pouvaient passer inaperçus et pourtant, fait notable, Auguste Sempé ne fut jamais dénoncé.
C’est au château de la Trouquette, situé à proximité de Pessan, que s’est réuni pour la première fois, le 8 août 1944 le Comité départemental de la Résistance. Une plaque commémorative rappelle cet événement.

Sainte Christie entre mythe et réalité

La commune de Sainte Christie héberge un château, reconstruit au XIIIème siècle en briques, dont l’édification remon-terait, selon la tradition, aux alentours de l’an 1000. Mais c’est en 1440 que le château connut une tragédie dont les habitants ont, encore aujourd’hui, gardé le souvenir.
Elle s’est déroulée pendant la guerre de 100 ans, la région étant à cette époque sous domination anglaise. Une garnison

anglaise était stationnée dans le village. Le châtelain, le seigneur de Luppé, n’appréciait guère ces nouveaux occupants et se pliait de mauvaise grâce à leurs exigences si bien qu’il s’attira leur courroux. Or il avait une fille de 16 ans très jolie et très pieuse, qu’il adorait. Elle se nommait Christine (Christie pour les Anglais). Jugeant inamicale la conduite du châtelain à leur égard, les Anglais le menacèrent de prendre sa fille comme otage. La menace fut, hélas, mise à exécution. Bientôt enlevée, maltraitée, violentée par les soldats, Christine mourut. Quand les paysans apprirent la nouvelle, ils furent bouleversés. Ils lui firent d’émouvantes obsèques et lui rendirent un hommage religieux. La légende veut qu’elle fût canonisée et qu’elle donnât son nom au village.

Histoire ou légende ? Comme souvent les deux se mêlent car le seigneur de Luppé a réellement existé et la guerre de 100 ans a, comme tous les conflits armés, généré beaucoup d’exactions. L’histoire de Christine de Luppé est belle mais c’est plus probablement Sainte Christine de Toscane qui était vénérée à Sainte Christie et qui a donné son nom au village.