Les Conférences

Un  Archevêque traîné en justice !

Dès son arrivée dans le Gers, en 1907, le nouvel Archevêque d’Auch, Mgr Ernest Ricard engage le combat contre l’enseignement public et ceux qui le dispensent. Contre «les périls de l’enseignement officiel», c’est en ces termes que Mgr Ricard, en octobre 1908, dénonce la dérive de l’éducation confiée au gouvernement. Il condamne ce qu’il appelle les «écoles neutres», puis des manuels d’Histoire et de Morale. Une nouvelle rubrique est ouverte dans La Semaine Religieuse; elle a pour titre «Les mensonges de l’école» et a pour but de montrer des exemples d’ «erreurs historiques, morales et religieuses débitées à l’école». Ainsi des thèmes d’histoire antique, médiévale et moderne sont évoqués (le christianisme en Gaule, la conversion de Clovis, la féodalité, la croisade albigeoise, Philippe le Bel et Boniface VIII, l’Inquisition…) et des sujets de morale discutés (la tolérance, antimilitarisme et antipatriotisme, l’Église et le progrès, l’esprit critique …) à la façon de l’école dite neutre et à celle qu’un enseignement privé donnerait.

La Dépêche dénonce cette attitude et son appel à la justice républicaine est entendu : une instruction  pour infraction à la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat est ouverte en mai 1909. Le 29 juin, Mgr Ricard, ses vicaires et les curés-doyens de Gimont, Vic et Saramon sont cités à comparaître devant le tribunal correctionnel d’Auch, pour avoir rédigé ou lu des mandements concernant la question scolaire. L’Archevêque ne reconnaît ni la légitimité de la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat, ni celle du tribunal, qui n’a selon lui, «ni l’autorité ni la responsabilité» de statuer sur un tel cas; aussi est-il absent à l’audience, et les autres membres du clergé ont suivi son exemple.

Le 1er juillet 1909, en audience publique, les six inculpés absents sont condamnés pour avoir « lu en chaire dans un édifice consacré au culte un écrit fourni par l’archevêque Riquard (sic) où ce dernier a provoqué les parents des élèves des écoles laïques à ne plus envoyer en classe leurs enfants parce qu’on y faisait usage de manuels ou livres classiques condamnés par l’archevêque de sa propre autorité. Attendu en outre que dans le même document lu dans les mêmes conditions Riquard a provoqué les instituteurs sous peine de refus de sacrements à ne plus se servir de ces mêmes livres… », pour avoir ainsi contrevenu à l’article 35 de la loi du 9 décembre 1905, mais en leur reconnaissant des circonstances atténuantes.

Les prêtres en qualité d’«auteurs principaux» sont condamnés à verser chacun 50 francs d’amende et l’Archevêque leur «complice» à verser 500 francs,

Mgr Ricard avait écrit au tribunal que, bien qu’absent des débats, il assumait pleinement sa responsabilité; il persiste après le jugement; mais continue à réfuter la loi et le verdict du tribunal. Il ne paye donc pas l’amende. Conclusion fatale, le fisc s’en prend à ses biens, à son mobilier et le 1er septembre 1909, le percepteur saisit «deux canapés, six fauteuils, sept chaises rembourrées, une table ovale sur patins sculptés, un tapis de table, un tapis de parquet, deux lampes et une commode à dessus en marbre». Tous ces meubles, qui se trouvaient dans le salon de l’archevêché, sont mis en vente sur la place publique le samedi 11 septembre à 11 heures. Le lendemain, les meubles sont sortis de l’archevêché, à bras, «sans que personne ne veuille aider les agents du fisc»; aussi, l’opération prit-elle plus de trois heures. Finalement, la vente a lieu, mais «une personne a tout acheté et tout rendu à son propriétaire initial». Le nom du donateur désintéressé? «Ce nom est dans toutes les bouches, aussi ne le donnerons-nous pas» déclare la Presse… Il semble, sans certitude, qu’il s’agisse d’Alphonse Branet. Ce dernier avait déjà, en février 1907, mis à la disposition des vicaires généraux l’ancien couvent de l’Oratoire qu’il avait acheté, afin qu’ils en fissent le nouvel archevêché, en plus des séminaires.

Voilà un épisode savoureux de la guerre sans merci que se livrèrent au début du siècle dernier l’Archevêque d’Auch, Mgr Ricard, et les partisans de l’école laïque. Tout cela paraît bien lointain aujourd’hui …

Laurent Mauras (Conférence du 14 avril 2022)

Paul Féart, un préfet bâtisseur sous le Second Empire…

Paul Féart, un nom aujourd’hui oublié, ou tout au moins méconnu. Et pourtant s’il est un préfet qui, dans la cohorte de près d’une centaine de préfets du Gers, marqua par ses réalisations son passage dans notre département, c’est bien Paul Féart.

Les premiers pas de Paul Féart dans l’Administration 

Paul-Jules-Francisque Féart nait dans les Ardennes, à Sedan en 1817. Sa famille était une famille de notables ; son oncle, Paul-Eustache Huet de Guerville (1777-1854), était d’ailleurs le maire de Sedan. Dès sa majorité, Paul Féart affirme sa détermination à intégrer l’administration préfectorale, au grand dam de son père qui espérait le voir reprendre son étude notariale.

En 1837, il devient secrétaire du préfet de Loire-Atlantique, puis obtient le poste de chef de bureau au ministère de la Guerre. En 1847, il accède au secrétariat de la Commission de législation et du contentieux en Algérie et ce n’est que deux ans plus tard qu’il parvient à intégrer l’administration préfectorale en étant nommé sous-préfet d’Oloron, puis de Prades et enfin de Reims en décembre 1849. Son passage en Champagne fut bref, même s’il y épousa MarieLouise Robillard puisqu’il fut nommé, en 1852, préfet du Gers.

Un préfet à poigne… 

Sa mission était d’abord de mettre un terme à l’insurrection républicaine du 4 décembre 1851 qui avait embrasé le Gers. La répression de cette insurrection fut quasi-immédiate : les meneurs furent rapidement arrêtés, jugés et condamnés. Et dès le 9 mars 1852, soit un mois après son arrivée dans le Gers, Paul Féart organisa un premier convoi (il y en eut cinq entre mars et mai 1852) pour transporter vers les côtes algériennes (Blida) des Gersois condamnés au bannissement. Au total ce sont 338 Gersois qui furent « déportés ». Plusieurs dizaines d’entre eux revinrent néanmoins quelques mois plus tard en France métropolitaine, suite à une amnistie décrétée par l’empereur Napoléon III. La soudaineté et la brutalité de la répression menée sans faiblir par le nouveau Préfet était sans nul doute motivée par sa volonté de donner des gages de loyauté au nouveau régime.

Il lui restait toutefois à gagner la population à la cause de l’Empire, ce qui était autrement plus difficile. Il disposait cependant de pouvoirs très étendus. Sous le Second Empire en effet, le préfet nommait (et éventuellement révoquait) les maires de toutes les communes, ainsi que le 1er et le 2ème adjoint. Son pouvoir de nomination s’étendait également à une multitude de fonctionnaires. Tout cela, bien évidemment avec la volonté de mettre à ces postes des hommes politiquement sûrs.

Sur le plan politique, il lui fallut, malgré ses pouvoirs considérables, faire preuve de doigté et composer avec le personnel politique local tel le président du Conseil général (l’un d’eux, Séverin Aylies est l’ancêtre d’un de nos adhérents Louis Daney de Marcillac) et surtout le député Adolphe Granier de Cassagnac doté d’une forte personnalité et d’un pouvoir certain. Plus faciles furent les relations avec les autorités religieuses incarnées par Mgr de la Croix d’Azolette et Mgr Salinis.

« Le préfet des Agriculteurs »

Nommé préfet dans un département rural, Paul Féart ne pouvait ignorer le monde paysan qui constituait une part importante de l’électorat. Il entreprit donc de créer une Société d’Agriculture qui, forte de plus de 300 adhérents (dont tous les grands propriétaires terriens), organisa force concours et comices agricoles pour récompenser le meilleur des races bovines, ovines, porcines, chevalines et volaillères du Gers.

Toujours dans le domaine agricole, Paul Féart eut également l’idée de développer dans le Gers la culture de la pomme de terre. Les agriculteurs se devaient toutefois de céder une partie de leur récolte aux services préfectoraux qui les redistribuaient aux bureaux de bienfaisance locaux.

Un préfet bâtisseur et visionnaire 

Durant ses six années de présence dans le Gers, le préfet Féart réalisa ou autorisa des constructions, agrandissements et embellissements de toutes sortes. C’est à lui par exemple que l’on doit la construction ou l’agrandissement des palais de justice d’Auch, de Lombez, Mirande et Condom. De même furent édifiées les halles de Samatan, Lupiac et Nogaro ou, dans le contexte d’une grande campagne nationale, les églises de Saint-Clar, Plaisance-du-Gers et Ricourt (non loin de Marciac). En la présence du préfet Féart, fut également posée en 1857, la première pierre du clocher de l’église de Monbrun.

Mais, à l’image de son illustre prédécesseur, l’intendant d’Etigny, c’est à Auch que Paul Féart laissa le plus de traces de son passage, contribuant ainsi à façonner le paysage urbain de la capitale de la Gascogne.

Les réalisations auscitaines du préfet Féart 

Après avoir fait niveler les places de l’Hôtel de ville et de la Cathédrale et agrandir le Foirail, Paul Féart introduisit l’éclairage public au gaz. Puis afin de fluidifier la circulation, il fit prolonger le boulevard Sadi-Carnot (de la place du 14 juillet à l’avenue des Pyrénées), après la démolition du moulin à eau de « Chélère ». C’est également à lui que nous devons le déplacement du cimetière de l’actuel terrain Michelet (à côté de l’hôpital Psychiatrique) vers le plateau de Lescat, où il se trouve toujours.

Paul Féart, sans doute influencé par les théories hygiénistes, s’attacha à multiplier les points d’eau dans la ville : une fontaine (appelée « Fontaine Féart ») au niveau des actuelles Allées Lagarasic, une autre sur ce qui deviendra la place Salinis et une autre enfin dans l’actuel quartier des Grisons.

Mais ce sont les transformations menées sur le côté sud de la cathédrale d’Auch qui resteront à jamais attachées au nom de Paul Féart. Ce fut d’abord la démolition de l’ancienne chanoinie pour dégager l’actuelle place Salinis et la construction de l’escalier monumental. Puis, conséquence de ces travaux, l’édification du Palais de justice et de la prison (détruite dans les années 1970). Il  ne vit cependant pas l’achèvement de ces grands travaux puisqu’il fut muté en Ille-et-Vilaine au mois de juin 1858.

Des faveurs impériales à la disgrâce… 

Fort de sa réussite dans le Gers, Paul Féart fut nommé en 1858, préfet d’Ille et Vilaine avec pour première mission de préparer la venue du couple impérial en Bretagne. C’est à lui que revint la responsabilité de gérer le déroulé de la visite officielle de l’Empereur et de l’Impératrice sur le territoire armoricain. Il fit construire à cette occasion à Dinard  la « Villa Eugénie » et percer le boulevard du Prince Impérial (actuel boulevard Féart).

Il s’employa aussi, sur le plan politique, à influer sur le vote des électeurs bretons qui jusque-là penchaient plutôt vers l’opposition royaliste. Mais son entreprise ne connut pas le même succès que dans le Gers en raison de l’animosité à son égard de l’évêque de Rennes, Mgr Godefroy Brossay-Saint-Marc, soutenu par Elisa-Napoléone Baciocchi, la propre cousine de Napoléon III. Cette dernière ne cessa de se plaindre auprès de l’Empereur des agissements du préfet et finit par le convaincre de le muter, ce qui fut fait en 1864 avec la nomination de Paul Féart comme préfet du Lot-et-Garonne.

Ce n’était pas vraiment une promotion. Et effectivement déçu de sa disgrâce et atteint de ce que l’on nommait alors une neurasthénie, Paul Féart se contenta de gérer les affaires courantes jusqu’à son décès brutal un jour d’octobre 1867, à l’âge d’à peine 50 ans. Ironie du sort, il mourut exactement un siècle après son modèle d’Etigny.

Quel souvenir Paul Féart garda-t-il de son passage dans le Gers ? Sans doute pas le plus mauvais car il a pu y exprimer pleinement ses qualités d’administrateur. Quant au souvenir qu’il laissa dans le département, il reste entaché par la répression de l’insurrection républicaine. De plus Paul Féart est sans doute victime de la réputation d’un régime, le Second Empire, qui a longtemps été décrié.  Pourtant, aucun préfet du Gers n’a autant de rues ou de places qui portent son nom. On en trouve à Lupiac, Manciet, Gondrin, Roquelaure, Saint-Puy sans oublier Auch même si la rue Féart est bien modeste…

Laurent Marsol (conférence du 7 décembre 2021)

Rapport de Monsieur X, préfet du Gers, sur l’application de la loi portant séparation des Eglises et de l’Etat, à Monsieur le Ministre des cultes

« Les opérations d’inventaire des biens des Eglises menées dans le Département du Gers en application de l’article 43 de la Loi du 9 décembre 1905, n’ont pas soulevé de problème majeur et, hormis quelques heurts, n’ont pas véritablement troublé l’ordre public.

On aurait pourtant pu craindre quelques difficultés au vu du contexte local avec un département plutôt républicain mais où les forces conservatrices demeurent actives. Ainsi, vous le savez Monsieur le Ministre, le Conseil général du Gers est-il l’un des rares à avoir publiquement exprimé son soutien au gouvernement avant le vote de la loi. Le Maire d’Auch, M. Decker-David, est lui-même un républicain convaincu. Cette bipolarité de la vie politique locale est parfaitement illustrée par la presse locale avec la présence de deux journaux de sensibilités opposées : « La voix du peuple » d’une part qui se revendique, haut et fort, de tendance conservatrice et « La République des Travailleurs » d’autre part, qui affirme avec autant de vigueur ses convictions républicaines.

Dans le département du Gers, l’inventaire concernait 1053 lieux de culte, dont une Cathédrale et donc un archevêché, un Séminaire (grand et petit) et deux Temples protestants. Les instructions avaient été clairement données : pas d’inventaire le dimanche ou les jours fériés, respect strict des procédures avec présence de deux témoins, utilisation des formulaires transmis par vos services … Bref, toutes les précautions avaient été prises pour éviter les incidents. Du côté de la hiérarchie catholique, il n’y a pas eu d’instructions locales, le siège d’Archevêque étant actuellement vacant. Ses vicaires se sont contentés de reprendre les recommandations du Vatican que vous connaissez : lecture par le curé d’une lettre de protestation, refus de signer l’inventaire, mobilisation des fidèles, sonnerie des cloches …

Les opérations d’inventaire ont débuté, à Auch, le 5 février, soit 4 jours après les émeutes parisiennes. Mais elles n’ont eu aucune incidence sur le déroulé des opérations locales. La petite église Saint Pierre a reçu, à 10 heures, la visite d’un inspecteur de l’Enregistrement. Après lecture d’une protestation par le curé du lieu, l’inventaire a été dressé. A la même heure, et dans les mêmes circonstances, a eu lieu l’inventaire du Grand Séminaire. Pour garantir la sécurité des fonctionnaires, j’avais dépêché sur place quelques gendarmes : ils n’eurent pas à intervenir. En revanche, le Commissaire de Police d’Auch m’avait transmis un rapport alarmiste pour l’inventaire de l’église Saint Orens; sur la foi de renseignements émanant de ses informateurs, il craignait en effet de graves incidents. Et effectivement, lorsque le fonctionnaire de l’Enregistrement s’est présenté, il a été accueilli par une foule hostile d’environ 200 personnes qui l’ont empêché de pénétrer dans l’église. L’inventaire a donc été reporté à l’après midi et cette fois, l’inspecteur était  escorté de forces de l’ordre conséquentes (13 agents de police et une brigade de gendarmerie). La foule du matin s’étant dispersée, l’inventaire s’est déroulé normalement après une protestation du Chanoine Bax. Deux des meneurs des mouvements de la matinée étant des militaires, j’ai fait prendre des sanctions à leur encontre, dont une mise à la retraite d’office. Ces incidents n’étaient pas d’une grande gravité mais ils pouvaient en laisser augurer d’autres plus importants pour l’inventaire de la Cathédrale. Il était prévu le 9 février à 10 heures. Et à l’heure dite, la cathédrale était bondée. En attendant la venue de l’inspecteur, les fidèles chantaient et priaient mais personne n’est venu, l’inspecteur étant souffrant. Le vicaire a donc lu, en chaire, sa lettre de protestation et tout le monde est sorti. Mais sur le parvis, étaient assemblés des républicains anti-cléricaux et, après quelques injures, des bagarres éclatèrent. Quelques personnes furent molestées. J’ai fait procéder à trois arrestations afin de calmer les esprits. En début d’après-midi, j’ai envoyé – tardivement j’en conviens – un émissaire informer les autorités ecclésiastiques que l’inventaire aurait lieu l’après-midi. Lorsque le fonctionnaire de l’Enregistrement arriva, le vicaire était absent (il n’arrivera que vers les 15 heures). Il fit donc ouvrir les portes et procéda à l’inventaire, lequel se prolongea, sans aucun incident, jusqu’au 13 février. Au même moment il était procédé à l’inventaire de l’église des Jacobins.

Pas d’émeute donc dans le chef-lieu du département, seulement quelques heurts ; et il en est de même dans le reste du département. Je ne vous décrirai donc pas de façon exhaustive le déroulé des opérations et me contenterai de vous signaler les cas les plus emblématiques. Ainsi à Couloumé-Mondebat, le curé s’est avéré être un véritable meneur d’hommes qu’il a fallu ramener à la raison. A Ordan-Larroque, à Saint-Blancard ou à Blanquefort, les nobles locaux ont mené la rébellion. Dans ce dernier village, le marquis de Scoraille, par ailleurs maire du lieu, a jeté un quignon de pain sec à l’Inspecteur de l’Enregistrement en s’écriant « Faut-il avoir faim pour exercer ce métier-là ! ». Il a été poursuivi pour outrage et j’ai bien entendu prononcé sa révocation. De même pour M. le comte de Larroque-Ordan et M. le marquis de Gontaut-Biron tous deux maires de leurs communes respectives. La justice a par ailleurs été saisie et des peines exemplaires réclamées.

Vous le voyez donc, Monsieur le Ministre, rien de bien grave si l’on se réfère aux événements qui se sont déroulés en certains endroits du pays. Il semblerait qu’aujourd’hui en Gascogne, la virulence du verbe suffise à calmer les passions qui animent ses habitants. »

Auch le 2 mars 1906

Le Préfet du Gers

(Texte rédigé par Michel Douste-Bacqué et librement inspiré des propos tenus par Laurent Mauras lors de sa conférence du 5 février 2020)

L’empreinte laissée dans la ville d’Auch par les Archevêques

(conférence donnée le 8 mars 2018 par Laurent Marsol)

Le patrimoine est partie intégrante de l’histoire d’une nation et des hommes qui la composent, comme de celle des villes et des campagnes. Or le patrimoine laissé par l’Eglise est essentiel de par son ampleur, jusqu’à s’imposer à tout jamais dans le paysage…

La ville d’Auch en particulier, recèle un patrimoine fort important, fruit de l’action dynamique de plusieurs Archevêques. Car l’architecture décidée par ces princes de l’Eglise locale, permettait de montrer plus ou moins ostensiblement aux fidèles, l’étendue de leur pouvoir mais aussi de témoigner de leur souci du bien public.

Tout d’abord, n’oublions pas qu’une grande partie du centre historique d’Auch correspond au quartier de la cathédrale. Ce dernier était constitué à la fois de l’archevêché, véritable palais des Archevêques, de la chanoinie, aujourd’hui disparue et remplacée par l’actuelle place Salinis, et, bien entendu, de la cathédrale proprement dite, siège symbolique et officiel des Archevêques d’Auch et emblème s’il en est de l’Eglise dans la ville. Toutes les merveilles qui abondent en ce sanctuaire marial, lieu de pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle, attestent de l’importance passée de l’archevêché et d’une quête constante : celle du « beau ».

Que ce soient les orgues (Grandes orgues et orgue de chœur), les verrières d’Arnaut de Moles ou les stalles, mais aussi d’autres trésors moins connus, rien n’était trop beau pour la maison de Dieu et de Sainte-Marie d’Auch ; ce pouvait d’ailleurs être le maître mot des Archevêques qui pour la plupart y laissèrent grandement leur empreinte.

Si la cathédrale est le lieu de rassemblement des fidèles et pèlerins, arrimé à son chevet, se dresse depuis le XIVème siècle, la Tour d’Armagnac. Cette ancienne prison, rappelle le pouvoir judiciaire exercé par les Archevêques. En effet, ils avaient droit de vie et de mort sur autrui. En pénétrant dans la Tour on peut encore approcher de ses sept cachots ou admirer une cheminée médiévale en pierre, ornée de sculptures raffinées ; elle venait agrémenter l’ancienne salle du tribunal ecclésiastique où les sentences étaient prononcées.

Non loin de ce centre à la fois religieux et judiciaire, un bâtiment doté d’une longue façade sur rue, symbolise le souci des Archevêques d’Auch d’instruire les futurs hommes d’Eglise. Il s’agit du séminaire. Cet édifice commencé au XVIIème siècle est constitué d’un grand corps central flanqué de deux ailes : l’aile ouest correspondait au grand séminaire, tandis que l’autre aile était plus prosaïquement appelée « petit séminaire » (c’est l’actuel collège privé Sainte-Marie). Chacun d’eux était doté d’une chapelle. Celle du petit séminaire est l’actuel centre culturel Jérôme Cuzin, alors que l’autre est aujourd’hui devenue une salle de conférence de la Maison Diocésaine.

En plus de l’instruction des séminaristes, les Archevêques se préoccupaient aussi de l’enseignement prodigué à la jeunesse locale. En témoigne, de nos jours encore, le collège Salinis. Ce site fut depuis son ouverture en 1545, toujours voué à l’enseignement. Bien que l’ensemble de cet établissement fût tour à tour, école centrale, collège royal puis impérial, et même durant quatre brèves années le siège d’une université, l’apogée de pleine expansion et de développement du site demeure l’époque de gestion et d’enseignement par les Jésuites. Lesquels laissèrent de belles preuves de leur passage dont la chapelle Saint-Ignace de Loyola, qui recèle l’un des plus beaux retables baroques du département.

Outre la justice et l’instruction, il est une problématique récurrente que plusieurs Archevêques s’efforcèrent de résoudre, celle de la santé, en améliorant autant que possible les soins prodigués aux malades. D’autant que se posaient également de graves problèmes d’hygiène. C’est ainsi que fut construit, dès le début du XVIIIème siècle, en périphérie du centre administratif et religieux de la ville afin d’éviter la propagation de maladies contagieuses, un hôpital spacieux et pratique. Il était constitué de deux ailes séparées par un avant-corps central couronné d’un fronton, lui-même encadré de cloches. Il abritait une chapelle. Cette description correspond bien sûr à l’ancien hôpital Pasteur qui resta l’hôpital général jusqu’à l’ouverture, en 1975, d’un nouvel ensemble sanitaire plus moderne.

Cette présentation succincte met en exergue l’importance de l’Eglise dans l’Histoire d’une ville, au point d’en façonner aujourd’hui encore le paysage architectural. Auch en est l’illustration parfaite.

Un privilège du seigneur de Montaut

On connait l’importance de cette famille Gasconne traduite dans le fameux quatrain :

« Parlo Mountaout

Arrespoun Mountesquiou

Escouto Pardailhan

Que dises tu La Hillo ! »

En 1098, Montarsin de Montaut fit don à l’Archevêque d’Auch, Raymond de Pardiac, d’un terrain proche de la Cathédrale primitive pour construire sa résidence. En contrepartie, il obtint, pour lui et pour sa descendance, le privilège de mener la jument de l’Archevêque lors de son entrée solennelle à Auch. Puis de le servir, lors du repas qui suivait. A l’issue de ces festivités, la jument et la vaisselle lui revenaient. Ce privilège fut exercé jusqu’à la fin du XVIIIème siècle.

Un grand merci à Béatrice Bréant, qui a apporté cette précision, tirée d’une plaquette rédigée par l’Amicale de Montaut.

Un enfant d’Auch pendant l’Occupation Allemande : André Daguin

(Causerie du 13 février 2018)

Beaucoup de monde ce mardi 13 février pour écouter André Daguin évoquer ses souvenirs d’enfance, souvenirs très particuliers puisqu’il avait 7 ans lorsque les Allemands arrivèrent à Auch. Et il se souvient très bien de cette arrivée et de ce soldat planté sur la place située en face de l’Hôtel paternel. Il portait un étrange collier, identique à ceux dont on ornait le cou des taureaux dans les foires agricoles … Et il dirigeait l’arrivée de camions remplis de soldats vêtus d’un drôle d’uniforme. Pour ce faire, il utilisait une sorte de raquette de tennis dotée d’un très long manche …

Et André Daguin d’égrener ses souvenirs …

Quelques images …

Celle d’abord de ces messieurs qui déjeunaient à la table de ses parents, Henri Frenay (qui était inscrit sur le registre de l’Hôtel sous sa véritable identité !), le vétérinaire Georges Daubèze, M. Monteil ou encore Ernest Vila. Tout cela au nez et à la barbe des Occupants.

Celle aussi des seaux hygiéniques qui pendaient aux fenêtres car on avait expliqué aux Allemands qu’il n’y avait rien de mieux pour faire mariner le gibier !

Ou encore la fanfare Allemande qui pendant un an, s’est obstinée, avec une constance digne d’éloges à jouer devant le café Daroles alors qu’il n’y avait aucun public pour l’écouter …

Ce groupe de grandes personnes qui se retrouvaient régulièrement autour des parents d’André Daguin pour écouter Radio-Londres alors que les Allemands occupaient une partie de l’Hôtel.

Et ces étranges plongeurs sourds-muets qu’Albert Daguin avait embauchés. Le jeune André apprit plus tard qu’il s’agissait d’aviateurs Anglais, en partance pour l’Espagne.

Enfin, Mme Daguin qui à la réception, décollait les enveloppes dont elle soupçonnait qu’elles renfermaient des lettres de dénonciation, afin d’avertir les intéressés de se mettre à l’abri.

Quelques personnages hauts en couleurs …

Paul de Cassagnac, ancien député mais surtout Lieutenant-Colonel. Lors de l’arrivée des Officiers Allemands dans la salle à manger de l’Hôtel, le 11 novembre 1942, il se leva sous l’œil réprobateur des témoins, pour saluer leur colonel. Le lendemain, il arriva au restaurant alors que les officiers Allemands étaient déjà attablés. Il apostropha le Colonel et, à l’instar de ce qu’il avait fait la veille, exigea le salut des officiers d’un grade inférieur au sien … Il obtint satisfaction et les jours suivants prit un malin plaisir à entrer dans la salle à manger après les Allemands, contraignant ces derniers à se lever pour le saluer !

Le minotier de Biran, Monteil, qui invitait à sa table des officiers Allemands pour leur soutirer des informations et abritait dans le même temps des Maquisards dans sa propriété …

Ernest Vila, dont l’épouse arrêtée par les Allemands, fut « exfiltrée » par les époux Daguin, de l’Hôtel de France. Ce qui leur valut d’être chassés de leur établissement.

Camillo, bien sûr, qui, amputé d’une jambe se déplaçait à l’aide de béquilles plus rapidement que les valides et continuait à diriger son commando de guérilleros espagnols.

Ce ne sont là que quelques échos de cette causerie qui vit André Daguin rappeler à son auditoire une période certes douloureuse mais qu’il a su faire revivre avec la faconde qu’on lui connait.

 

Jean Laborde (1805-1878)

(Conférence donnée le 15 mars 2017 par J. C. Chazottes)

« Point besoin de grands moyens ni de grandes circonstances pour faire de grandes choses »

Cette phrase, prononcée lors de l’inauguration, en 1951, du monument consacré à Jean Laborde résume à merveille sa vie que d’aucuns jugeront sinon rocambolesque tout au moins extraordinaire.

Les premières années d’aventures. 

Jean Laborde nait à Auch le 16 octobre 1805. Contraint de quitter l’école, apparemment pour raison de santé, il entre en apprentissage dans la forge de son père qui exerce les métiers de forgeron, charron, maréchal ferrant et bourrelier. Cette expérience ne lui sera pas inutile mais sans doute peu porté vers ces métiers et épris d’aventures, il s’engage en 1823 au 2ème Régiment de Dragons stationné à Toulouse. Son engagement terminé, il embarque en 1827 pour l’Inde et arrive à Bombay où il créé un comptoir. C’est un succès et il acquiert un petit pécule qui va lui servir à affréter, en 1830, un brick. Il décide en effet de partir à la recherche d’un trésor et met le cap sur le canal du Mozambique.

L’arrivée mouvementée à Madagascar.

Après sept mois de vaines recherches, le navire de Jean Laborde est pris dans une violente tempête ; il s’échoue sur la côte Sud-est de Madagascar. Ayant tout perdu, Jean Laborde entreprend une longue marche qui le mène à Mahéla. Là, il rencontre un colon du nom de Napoléon de Lastelle. Ce dernier exploite une plantation de canne à sucre; il offre à son compatriote le gîte et le couvert ainsi qu’un emploi. Et il ne tarde pas à découvrir chez Jean Laborde des qualités et des aptitudes susceptibles d’intéresser la Reine de Madagascar qui cherche à développer des activités manufacturières afin d’échapper aux aléas de l’importation.

L’installation à Madagascar. 

En 1832, Jean Laborde épouse une métisse, Emilie Roux dont il aura un fils, Clément. Les efforts de M. de Lastelle pour introduire Jean Laborde à la Cour, finissent par payer et en 1833, il est autorisé à se rendre à Tananarive où il rencontre les conseillers de la Reine Ranavalona 1ere. Il obtient rapidement ses premiers contrats et s’installe au nord d’Ilafy. C’est là qu’il produit ses premiers fusils, lesquels donnent satisfaction à la Reine.

En 1835, Jean Laborde transfère ses activités à Mantasoa où il crée la « cité industrielle ». C’est une réussite ; il est fait Prince et lui sont octroyés les « seize honneurs », c’est-à-dire la plus haute distinction malgache. Le travail ne manque pas et pour se faire seconder, Jean Laborde fait venir de France, son frère Jean Louis.

La disgrâce. 

Elle arrivera en 1857. Tous les Européens sont expulsés et leurs biens confisqués. Le rêve de Jean Laborde s’écroule, tous ses efforts sont réduits à néant puisque le Peuple détruit le site de Mantasoa. Il s’exile à la Réunion puis à l’ile Maurice.

Le retour. 

En 1861, la Reine Ranavalona meurt et Jean Laborde est rappelé à Tananarive. Mais le ressort est cassé : il ne reprend pas ses activités industrielles. Le 12 avril 1862, l’Empereur Napoléon III le nomme Consul de France à Madagascar. Le Consulat devient alors un haut lieu de la vie mondaine : on y danse ; le champagne coule à flot ; on y intrigue aussi. Et grâce à son réseau d’influence, Jean Laborde agit au mieux des intérêts français. Son action contribuera à la colonisation de l’île qui interviendra en 1895. Mais Jean Laborde ne la connaîtra pas puisqu’il décèdera en 1878, à Tananarive.

« Enfant des pousterles », Jean Laborde fit de Madagascar une terre Française. Tour à tour commerçant, industriel et diplomate, lui aussi aurait pu s’exclamer « Quel roman que ma vie ! ».

La cathédrale d’Auch, nécropole des archevêques

         intendants et autres personnalités… 

( Conférence donnée le 13 avril 2017 par Laurent Marsol)

A l’instar de la basilique Saint-Denis, haut lieu des tombeaux des rois et reines de France, la cathédrale d’Auch, parmi d’autres, mérite le qualificatif de nécropole. En effet, ses pierres tombales, ses stèles, ou même ses véritables mausolées et monuments funéraires témoignent que bon nombres d’archevêques, d’intendants, entre autres, furent inhumés en ce saint-lieu.

Le tombeau de Mgr Salinis (photo L. Marsol)

Du porche principal de la cathédrale jusqu’à la crypte, en passant par le chœur des stalles, on peut découvrir quelques-unes de ces sépultures qui, pour certaines, sont dignes d’intérêt. Parmi les plus remarquables, soulignons le mausolée érigé pour Antoine de Salinis (1798-1861), en 1861, réalisé par le sculpteur Michel-Pascal (1810-1882). Lequel monument se compose d’un soubassement correspondant au tombeau du prélat, surmonté du gisant représentant l’archevêque défunt revêtu de ses insignes : la mitre, la crosse, l’anneau et la croix pectorale. Ce mausolée fut élevé de par la volonté du clergé, mais aussi de celle de la ville d’Auch et des fidèles du diocèse.

La sépulture de l’Intendant d’Etigny (photo L. Marsol)

N’oublions pas que la cathédrale recèle aussi le mausolée rendant hommage à l’intendant Antoine Mégret d’Etigny (1719-1767). Ce monument funéraire est en marbre et fut réalisé de la main de François Lucas, l’un des plus célèbres sculpteurs toulousains du XVIIIème siècle. Ce mausolée, d’influence égyptienne, représente la Piété écrivant les vertus de l’intendant, tandis que le Génie de l’immortalité emporte le médaillon de d’Etigny. A l’origine ce monument s’élevait au Prieuré Saint-Orens d’Auch. A la Révolution il fut déposé en la cathédrale où il demeure depuis ce temps.

Cette pérégrination parmi les tombes de la cathédrale d’Auch ne peut qu’inciter à descendre dans la crypte afin d’y trouver la tombe d’un ancien préfet du Gers, seul et unique préfet reposant dans la cathédrale : le comte de Montagut décédé en fonction en 1815, ce qui lui valut le suprême honneur d’être inhumé en ce lieu.

Enfin, l’ultime chapelle de la crypte conserve le plus ancien tombeau de la cathédrale ; il s’agit d’un sarcophage du VIème siècle, en marbre des Pyrénées,richement orné de motifs feuillagés et de chrismes, qui renferme les reliques de Saint Léothade (évêque d’Auch du début du VIIIème siècle).

Antoine Mégret d’Etigny, un administrateur hors pair

( Conférence donnée le 11 mai 2017 par Jacques Lapart )

C’est en 1751, qu’Antoine Mégret d’Etigny, arrive à Auch car contrairement à ses prédécesseurs, il avait décidé de faire d’Auch le siège de sa Généralité. C’était un pari audacieux car Auch, bien que siège d’un important Archevêché, n’était alors qu’une grosse bourgade rurale. Issu d’une famille bourguignonne de noblesse récente, il avait fait de solides études à Paris, chez les Jésuites.

Dès son arrivée, il eut à faire face à une grave disette, fléau courant sous l’Ancien Régime, et montra immédiatement son efficacité : il n’hésita pas en effet à faire l’avance, sur ses deniers propres, des sommes nécessaires à l’achat des grains. Imagine-t-on aujourd’hui Préfet ou Président de région agir de même ? C’est d’ailleurs une constante de son action : à plusieurs reprises d’Etigny a engagé ses ressources personnelles pour accélérer un chantier ou développer une action à laquelle il tenait. L’exemple le plus connu est celui du Théâtre d’Auch dont il a payé les décors intérieurs.

Sous l’Ancien Régime, il n’était pas rare de voir des Intendants, pourtant représentants du Pouvoir Royal en Province, se contenter d’expédier quelques affaires courantes et mener une vie somme toute bien tranquille. Rien de tel avec notre homme qui exerça pleinement ses fonctions ! On le vit s’impliquer dans le fonctionnement de la Justice, veiller au recouvrement des Impôts (en demandant toutefois des exonérations lorsque des circonstances particulières le justifiaient) ou légiférer lorsque cela s’avérait nécessaire (pour l’anecdote, il est sans doute à l’origine de la construction des arènes …).

Il ne faut pas s’imaginer que l’Intendant disposait d’une administration pléthorique. Bien au contraire, et s’il pouvait compter sur quelques subdélégués dans les principales villes de la Généralité, il se devait de payer de sa personne. D’Etigny ne s’en est pas privé arpentant sans relâche le territoire dont il avait la charge, souvent suivi de … son épouse. Cela lui a permis de constater l’état déplorable des voies de communication et il n’eut de cesse de développer le réseau routier indispensable pour favoriser les échanges. S’il a créé quelques activités manufacturières telle la faïencerie d’Auch, il s’intéressa aussi à l’Agriculture au point d’exprimer des opinions curieuses. Il s’opposa par exemple à l’éducation des enfants, estimant que son développement priverait l’Agriculture de bras ! Il est vrai que Voltaire lui même n’était pas loin d’avoir des idées similaires.

On imagine souvent que d’Etigny était un éminent personnage, menant grand train. Jacques Lapart s’est attaché à rectifier cette image. Certes, il était doté d’une fortune conséquente et avait eu pour projet, de bâtir un hôtel digne de son rang, qu’il souhaitait construire entre l’Hôtel de Ville et le Séminaire. Hélas pour lui, il avait fait appel pour ce faire à un ingénieur bourguignon et il dut faire face à un « complot » local qui l’amena à revoir ses ambitions à la baisse. La description de l’Hôtel de l’Intendance ne fait, en effet, état que d’une douzaine de pièces dont une salle à manger conçue pour recevoir seulement 20 à 30 convives. On est loin du train de vie de certains nobles Gascons et plus encore de celui de l’Archevêque. Cette impression est confirmée à la lecture de l’inventaire du mobilier et … de la cave, réalisé après le décès de l’Intendant.

Il intervint en 1767, peu de temps après le retour en Gascogne de d’Etigny. Il avait en effet été relevé de ses fonctions et exilé quelques mois sur ses terres de Bourgogne, ce qui pour un Noble était la pire des disgrâces. Il faut dire que l’Intendant avait cru bon de soutenir le Parlement de Navarre, ce qui n’était pas très prudent au vu des conflits ouverts qui opposaient alors les Parlements et le Roi Louis XV. Au plan local, d’Etigny s’était aussi attiré quelques solides inimitiés et notamment celle de l’Archevêque, Mgr de Montillet, homme également remarquable et doté d’une forte personnalité. La querelle entre ces deux éminents personnages s’est poursuivie au delà de la mort de l’Intendant. Peut-être en raison de leur inimitié, ce dernier avait souhaité être inhumé au Prieuré de Saint Orens et non dans la Cathédrale. Les Chanoines, désireux toutefois d’assister aux obsèques, sollicitèrent l’autorisation de l’Archevêque, lequel le leur accorda à la condition de ne pas revêtir leurs habits de deuil …

Les mérites de l’Intendant d’Etigny sont aujourd’hui unanimement reconnus mais quelles ont été ses motivations profondes ? Sûrement pas l’appât du gain car ses fonctions ne l’ont pas enrichi, bien au contraire. Peut-être le goût du pouvoir car si le Royaume de France était un Etat centralisé, les Intendants disposaient de larges pouvoirs et, on l’a vu, d’Etigny ne s’est pas privé de les exercer. Mais plus certainement, la volonté de servir au mieux dans une Province qu’il ne connaissait même pas à son arrivée. En cela, il peut, aujourd’hui encore, être un modèle.